Souvent on se rend pas compte à quel point nos lectures de môme nous marquent. et s'il y a bien un auteur de BD qui m'a marqué de façon indélébile c'est Greg, le papa d' Achille Talon, mais aussi de Bernard Prince, Comanche...mais surtout Bruno Brazil.
Bruno Brazil est une série d'espionnage pré-publiée dans le journal Tintin et dessiné par William Vance (XIII entre autres...), dès la fin des années 60. Le premier album Le Requin qui mourut deux fois est dans la lignée classique des serials pré-70's: Bruno Brazil est un agent américain, décontracté, charmeur, un poil cynique sur les bords, ce qui va bientôt devenir un trait prédominant de la série. Si un certain esprit James Bond flotte sur ce premier album, il se transformera bientôt en une sorte de Mission Impossible avec Commando Caïman, le deuxième album voyant la constitution de l'équipe; Big Boy Lafayette, Whip Rafale, Gaucho Moralés, Billy Brazil, jeune frére de Bruno,Texas Bronco...tous coachés par le colonel "L"
Si de Commando.. à La cité pétrifiée la série voit l'équipe se battre contre des criminels purement mégalos et aux moyens dantesques, elle va prendre un tournant avec le dyptique La nuit des chacals et Sarabande à Sacramento. Cette fois-ci les caïmans s'attaquent façon Incorruptibles aux gangs, l'ennemi est cette fois-ci crédible, et déjà une différence se fait sentir dans l'intelligence de Brazil, leader doué et lucide. Courtisé par deux familles de mafiosis dans le second opus, l'équipe va monter celles-ci l'une contre l'autre, les deux chefs repartant libres, Brazil leur ayant montré que leur sénilité et leut amour-propre les a conduit à leur propre perte. Et le tournant de se faire plus que violent avec Des Caïmans dans la rizière, course poursuite pour récupérer une arme de destruction massive japonaise de la dernière guerre et oubliée de tous. Des affrontements qui verront Big Boy tué devant gaucho son meilleur ami...pour rien, l'arme est inutilisable, les deux camps repartent chacun de leur côté avec leur morts. C'est aussi dans cet épisode où l'on voit Brazil balancer laconiquement après s'être débarrassé de ses poursuivants qu'il est rageant qu'on ne leur envoie que des débutants. Choquée d'un tel mépris pour la vie humaine, la journaliste française deviendra sa femme l'inonde d'insultes, avant que Brazil ne finisse par la gifler en lui expliquant que ce qu'il fait n'est pas propre, mais que cela "se passe entre professionnels" et qu'il est là pour éviter qu'un conflit n'éclate et où il sera plus horrible de voir des gosses enrôlés comme soldats. A la fois toute l'humanité et l'implacabilité du personnage éclate en ces pages dessinés par un Vance en grande forme, avant qu'il ne pratique une formule "trois bandes par planche". Un politiquement incorrect et un cynisme inédit et détonnant pour la littérature pour jeunes de l'époque.


L'album suivant Orages aux Aléoutiennes n'est guère des plus joyeux non plus, tombé dans l'estime des dirigeants de l'agence pour laquelle ils travaillent, les caïmans sont envoyés sur une banale affaire de passagers clandestins vers les USA, au grand dam de "L" qui entend redorer le blason de son équipe. C'est aussi l'arrivée de Tony le Nomade, remplacant de Big Boy, qui comme les autres va vite découvrir que passer des clandestins est loin d'être l'activité principale de ce réseau. L'album se finit sur un ton bien moins désenchanté et laisse voir une série qui repart de plus belle...c'est mal connaître Greg, qui va signer l'une des histoires les plus gonflées qui soit...


Quitte ou double pour Alak 6 est le dernier véritable album de la série. Et de loin le plus traumatisant. Piégés, les caïmans voient leurs identités secrètes révélées au grand jour, Texas a été enlevé avec l'homme qu'il était censé récupérer (garant à son insu de plans d'une fusée stratégique). Dans un dernier baroud d'honneur, la course s'enclenche, il n'est plus question de mission, mais de leur ami, de leur honneur. Les derniers garde-fous tombent, et l'album se conclue dans un final qui ne verra que Bruno et Gaucho survivre, Whip et Tony sont mutilés, Billy, Texas tués dans une explosion. Les chefs de l'agence conclue le sort de l'équipe en se félicitant que les plans ne soeint pas tombés aux mains des "autres", "L" faisant son rapport de façon plus amère à un supérieur qui lui rappellera qu'il n'y qu'au cinéma que les "autres" justement y restent. Et le colonel "L" de conclure d'anticiper et de dire "qu'après tout, ils étaient payés pour ça..."
Une série extraordinaire par sa maturité et son écriture, avec un dessin flamboyant parfois en pleine page chargés de détails, vivants et en pleine osmose avec l'ambiance. Des bandes dessinées que je lis et relis depuis que je suis gosse et que j'adore un peu plus chaque fois. A vous de découvrir ces joyaux oubliés à la fois cool et grave...à l'image des années 60 finissantes et des faussement joyeuses 70's.
La sérié a été rééditée aux éditions du Lombard.