Assis dans les plus hauts gradins, alors que MACHINE HEAD vient d’achever un set qui a toujours du mal à me convaincre, je regarde autour de moi et constate que, mine de rien, la population de Bercy est loin d’être uniquement constitué de 15-25 ans chevelus et imbibés de bière. En fait, la portion de prè-quarantenaires est notable et à entendre parler certains on sent les connaisseurs de METALLICA plus que l’auditeur lambda d’Europe 2. Interrogeant un de mes voisins, il me sort avec un grand sourire qu’il avait acheté môme en 1983 le premier album, Kill’Em All du groupe.
Et c’est là que je rappelle violemment que le groupe que tant de jeunes amateurs de décibels tiennent en référence a commencé…il y a près d’un quart de siècle.
Retour en 2009 à Bercy, où ayant prévu de n’arriver que pour le set de METALLICA, j’assiste pourtant une nouvelle fois à celui de THE SWORD, qui me plait toujours autant, avec en plus l’arrivée de Lars Ulrich pour un des derniers morceaux. Pour un peu, il serait plus à l’aise dans le Stoner que le Thrash. MACHINE HEAD ensuite, avec un son meilleur que la veille, dû à mon changement de place ou parce que l‘ingé-son a enlevé ses moufles et s’est acheté une paire d’oreille ? Allez savoir. Rob Flynn nous balance toujours ses « Santé, motherfucker, santé ! » entre chaque morceaux, et pour ce soir, qui est le dernier de leur participation à la tournée de METALLICA, ils veulent se donner à fond nous dit-il ce brave homme. Et, au passage, faire chanter un « happy birthday » à tout Bercy pour Phil Demmel Allez, zou, pas emballé et ça me pèse. D’autant plus cruel que j’aime leurs disques…
Entracte avant une nouvelle apocalypse des four horsemen, et passage buvette où je me limite au coca, la bière semblait surtaxé de façon à combler en une soirée le trou de la sécu. Quand au prix du merchandising, il est majoré par la salle d’un pourcentage à faire rougir de honte le plus fervent des communistes.
A nouveau résonne les notes du Ecstasy of Gold tiré de la BO du « Bon, la Brute et le Truand », et à nouveau des battements de cœur précédent « That was juste your life/The end of the line ». De mon « perchoir », je perçois mieux que la veille le jeu de scène du groupe, qui reste malgré tout naturel, et au passage je savoure d’autant plus les jeux de lumière et la pyrotechnie à venir. Même sans être dans la fosse je gueule comme à décoller les poumons. Et là première surprise ; METALLICA exhume « the four horsemen » du premier album en lieu et place de « harvester of Sorrow » joué la veille! En fait pour les deux soirs, le concert tient sur la structure de dix-huit morceaux, dont pas moins de huit sont changés d’un soir à l’autre, chacun étant substitué par un « équivalent ». Pour la suite, « Holier than You » remplace «Disposable Heroes » , « Cyanide » laisse la place à « My Apocalypse », morceau rapide et violent concluant le dernier album, Death Magnetic. Très attendu par les fans, cette chanson est pour James sa « nouvelle chanson favorite ». Le planant « The Unforgiven » se transforme en « Bleeding Me », titre progressif issu du décrié Load, très bonne surprise. Et encore la suite n’en sera que meilleure, exit « The Judas Kiss » morceau assez faiblard de Death Magnetic et massacré mercredi, place à « All Nightmare long » beaucoup, mais alors beaucoup plus convaincant à tout point de vue. Le morceau « envoie du boulet dans ta face » sera ce soir… « Fight fire with fire » ! Ce n’est que le souvenir d’avoir tout donné sur « Damage Inc » mercredi soir qui ne me fait pas regretter d’être dans la fosse, devenu un vrai magma devant le groupe qui jouera ce morceau d’un même front face au public.

Arrive le moment pré-rappel avec le classique « Enter Sandman » et « Nothing Else Matters » qui me sort de plus en plus par les trous de nez, voire même d’autres orifices que rigoureusement ma mère m’a défendu de nommer içi. Oui mais là encore, big surprise my friends. La dernière fois les Mets avaient ressorti une reprise de MOTORHEAD qui avait laissé une partie du public hagard. Et ils vont faire plus fort. Mais alors BEAUCOUP plus fort. Lors d’un petit laïus James, parle de rendre hommage à un des groupes qui les a beaucoup aidé à leurs débuts, SAXON. Et pour ce faire, on reprend « Motorcycle Man » de ces derniers, oui, mais avec Biff Byford, chanteur de SAXON en guest s’il vous plait. Et le vieux Biff, dont l’arrivée à décontenancé plus d’un boutonneux ignare, livre une excellente prestation. Prends ça dans les dents, jeune con amateur de grind qui ne sera pas fichu de livrer l’ombre d’un « gruik », quand Biff chante comme s’il avait encore vingt ans.
En bouquet final « Hit The Lights/Seek n’ Destroy », des morceaux vieux de ving-trois ans justement achèvent cette deuxième grande messe métallique, tandis que la foule se balancent les ballons noirs marqués du logo du groupe qui pleuvent du plafond.

Deux soirs de folie, il n’y a rien à redire si ce n’est que James, Lars, Robert et Kirk ont été impériaux, et ce malgré les pains parfois flagrants dans l’exécution des morceaux. Trop de gros groupes de Hard-rock ou de Metal se reposent en live sur des prestations millimétrés où la set-list ne change jamais ; SLAYER, SLIPKNOT, IRON MAIDEN …et tiens, même les vaches sacrées d’ AC/DC. Parce que METALLICA est un groupe qui a un lien unique avec son public, un groupe sur lesquels on a fait « ses premières armes », dont on a détesté comme les autres les albums Load, Reload, S&M…,dont on a finalement au moins un peu aimé toutes les périodes avec le temps, et celui qui écrit ces mots est un individu qui a finalement trouvé bien du mérite à St Anger. C’est un groupe qu’on veut aimer, parce c’est un peu plus que des mecs dont on achète les albums. Oui Lars est un connard avec ses propos caricaturaux sur Naptser et consorts, James ferait mieux des fois de prendre sur lui, Kirk joue le rôle sempiternel de « la bassine d’eau froide » Quand à Robert malgré tout son mérite, et Dieu sait qu’il en a, il portera longtemps l’étiquette « remplaçant ».
Mais on s’en fout, on les aime comme ça. Parce que pour la musique aussi, on choisit ses amis mais pas sa famille.
Merci à
Grégory Tran pour les photos.