Pour les « jeunes » des années 2000, la période collège/lycée dans les années 90 doit déjà avoir l'aspect ripoliné des Choristes. Internet était embryonnaire, les portables un luxe aux forfaits rachitiques et le téléchargement encore un mythe. C'est l'époque où l'homme en devenir apprend cette éternelle leçon qui veut que les filles qui lui plaise préfèrent ceux qui les traitent comme de la merde, où il se réfugie dans d'autres domaines. Il s'enflamme sur Marx et le petit livre rouge, avant que le gros livre noir ne tombe sous ses yeux. Il croit en des lendemains meilleurs où les soldats seraient troubadours, où les fleurs pousseraient dans les rues à la place du chiendent, ce dont il n'aura bientôt plus rien à branler. Il entame aussi un compagnonnage musical qui le marquera bien plus au final, celui où l'ancien, généralement plus vieux d'un ou deux que lui, mais à cette période c'est un gouffre, lui fera découvrir d'autres sons. Souvent échangées sur cassettes fusillées à force d'être effacées et réenregistrées, les musiques découvertes sont parcourues jusqu'à plus soif, à en être imprimées dans la tête, au point de se souvenir des paroles et de la moindre note dix ans plus tard.
C'est ce qui m'a poussé il y a quelques temps à piocher dans les rayons occasions de Gibert Joseph le
Vacarmélite ou la Nonne Bruyante des
GARCONS BOUCHERS. Boitier plastique bien entamé, mais à prix ridiculement minime, pas d'hésitation il rejoint la pile déjà lourde de mes achats.
Je ne l'ai pourtant réécouté qu'hier soir et ce matin avant d'aller au boulot, parce que c'était le meilleur moment pour me le réapproprier. Pas avant, mais juste quand j'en avais besoin. Avant-dernier album du groupe,
Vacarmélite... voit l'arrivée d'un deuxième chanteur, Sapu, et surtout donne dans un crossover qui fédérait tout le monde; effluves punk, relents Heavy Metal et senteurs chansons musette, la mixture pour peu ragoutante qu'elle paraît est des plus goutus. Des hymnes à boire (« bourré bourré ratatam », « hommage au doux nectar ») aux peintures noires du monde (« tout se dégrade », « armez vous les uns les autres », « le ska du brouillard » ), le disque brasse large, c'est comme à la taverne de Duchenot, t'es chez toi, et le menu a beau pas être du trois étoiles tu trouveras toujours à manger et à boire. Entre la gouaille de Sapu, les grognements d'Hadji-Lazaro la visite sent bon l'histoire racontée à pas d'heure sur le fond d'un bar de Paname, tandis que Boubouche, Steff, Toto et Moby Dick qui signe d'excellents parties de six-cordes, se battraient pour faire tourner à plein régime le vieux bastringue trainant dans un coin de ce lieur de perdition. Et ils la font bien péter la purée.
C'est le genre de disque qu'on devrait toujours toujours avoir près de soi, celui qui rappelle qu'à une époque, on se sentait à part, invincible, et que les galères n'avaient plus d'importance en l'écoutant. Peu importe qu'on se soit ouvert à d'autres genres musicaux, c'est la preuve que peu importe l'époque, une musique qui t'a parlé un jour se donnera toujours autant à toi sans rien demander, elle.
Ces quelques lignes laborieuses sont écrites avec une pensée pour L0L, Dum, Loque, Maitre Mickey... les potes, les vrais qui même parfois perdus de vue sont toujours là. Santé, les aminches.
Ecoute de l'album sur Deezer.