ROBIN HOOD ou la faute à pas d'bol

Vendredi 21 mai 2010 à 11:49

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Ridely Scott est un très grand réalisateur, nul ne peut le nier, il a donné au cinéma certains de ses plus grands joyaux ne serait-ce qu'avec ALIEN ou BLADE RUNNER. Et malgré un redémarrage de carrière superbe depuis GLADIATOR, cet incontournable du 7ème art subit encore les revers du système. Mais qu'en espérer d'autre, quand, au lendemain de sa consécration pour MILLION DOLLAR BABY, Eastwood confessait avoir du mal à trouver des financements?

Et ce ROBIN HOOD n'échappe pas à la règle, une régle que le réalisateur avait déjà subi pour BLADE RUNNER et pour... KINGDOM OF HEAVEN son chef d'oeuvre mésestimé qui ressuscite dans sa version longue. D'ailleurs les aventures de Robin Longstride pourraient même en être une suite indirecte, là où KINGDOM... s'achevait sur le départ de Richard Coeur de Lion, ROBIN HOOD débute sur le retour peu glorieux de celui-ci dans son foyer. Et c'est là une des rares forces de cette relecture, dépoussiérer le mythe, l'inscrire dans une réalité bien concrète à l'inverse de KINGDOM... qui partait d'une base historique pour en donner une parabole sur l'héroisme, le pouvoir, et la compromission. Dans une tendance amorcée par des films comme CASINO ROYALE, BATMAN BEGINS, le film tente de montrer comme un archer d'une armée en déroute est devenu un symbole de liberté pour un peuple exsangue par une croisade de dix ans alors qu'une invasion française se profile.

Malheureusement si le film prend son temps pour installer correctement ses bases malgré quelques passages obligés (le plus souvent l'introduction des compagnons de lutte de Robin), il subit des ellipses assez violentes dans sa deuxième partie. La faute à un montage coupant court aux enjeux du film pour assurer le plus de diffusion possible, et se faisant sentir cruellement au point de rendre presque futile la bataille finale et de bacler la conclusion, sans parler des incohérences ou d'éléments mal amenés (Robin assumant l'héritage paternel, etc...).

Au milieu de cet énième gâchis surnagent pourtant le couple de héros Robin et Marianne, aussi bien écrits qu'interprétés, une des plus belles variations que ce couple de cinéma ait pu connaitre, ou encore la photo superbe de John Mathieson, collaborateur fidèle de Scott depuis GLADIATOR...

Que penser du film si ce n'est de désespérer encore de cette manie de sortir des films amputés pour être commercialisés dans leur version longue en Blu-Ray uniquement? Un sujet de ressentiment aussi bien pour le public que pour l'équipe du film... d'autant plus rageant quand ce qui nous est laissé à voir est de grande tenue.

VALHALLA RISING

Mercredi 17 mars 2010 à 9:13

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Il est de ces films dont il est vain de parler quelque part. VALHALLA RISING, traduit benoîtement dans nos contrées par « Le Guerrier Silencieux » en fait partie. Car ce « film » se vit, c’est une expérience. Après un BRONSON aussi furieusement jouissif que bancal, Nicolas Windind Refn, qui sera encore longtemps connu comme « le réalisateur de la trilogie PUSHER », livre l’exact opposé de son précédent opus ; un film introspectif, avare en mots mais pas en idées et en beauté.

Inutile de chercher içi l’habituelle furie paillarde des productions mettant en scène des vikings, on est plus chez Herzog et son AGUIRRE que sur les plate-bandes du mutilé et magnifique 13ème GUERRIER de Mc Tiernan. Inutile de chercher la saga ou l’aventure épique; l’histoire entière du film tiendra en deux phrases. Oubliez les effets spéciaux et la 3D, içi les hommes et les paysages sont filmés de façon crue, marqués par des lumières contrastés et un scope sublime. Oubliez tout ce que vous pensiez savoir sur ce film avant d’aller le voir.

Car c’est içi un « trip » auquel doit se laisser aller le spectateur, si la plupart des films aujourd’hui prennent la main de façon condescendante de ce dernier, VALHALLA RISING lui, le prend à la gorge et lui demande de ne pas se débattre pendant que l’oxygène lui manque.

Voyage métaphysique sublime et charnel ou film « auteurisant » branlatoire et creux?

Choisis ton camp camarade.

GEEK ou la revanche des binoclards

Samedi 23 janvier 2010 à 9:36

« GEEK » ou la revanche des binoclards Quand est sorti MATRIX en 1999, on imaginait alors encore mal à quel point le film, véritable digestion du manga, de l’informatique, de Baudrillard et des films de Hong-Kong allait inaugurer les années 2000 comme étant les années « Geek » pour le meilleur… et sans aller jusqu’au pire, à une certaine déception.

Restons sur l’exception culturelle française. C’est quoi un « geek » ? Hé bien c’est quelque chose d’assez récent en fait, et avec l’apparition de ce terme, la reconnaissance. Car dans les années 80-90, on parlait davantage des « intellos » des « binoclards », de ceux qui, déçus ou rejetés, souvent lors de la période collège/lycée où le besoin d’appartenance à un groupe est très fort, se réfugiaient dans les comics, les lectures d’Héroïc-Fantasy, les jeux de cartes, de rôles, de plateau, le cinéma, souvent de « genre », l’informatique... Et j’en oublie certainement. Mais dans tous les cas de figure, un plongeon dans une passion très forte pour un domaine culturel peu, voire pas du tout, prisé de la majorité. Le côté quelque autiste de cette attitude était souvent d’autant plus fort à l’époque qu’Internet n’était pas encore ce qu’il est actuellement, et en dehors de grands centres urbains, on se sentait souvent très seul…
 
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Ne pas oublier que le Geek est polymorphe...

Car le « Geek » est expansif, si chaque domaine de découverte en amène un autre, ces mêmes découvertes ne demandent qu’à être partagées par ceux qui les vivent. Et la suite on la connait, l’arrivée du Net dans les foyers a changé la donne, une population touchant déjà de loin ou de près à l’informatique y a vu un excellent moyen d’y vivre sa passion sans la pression sociale.

Parce que pour une certaine génération, il ne faisait pas bon être amateur de mangas, jeux de rôles… dans notre belle France. Outre des médias jamais rassasiés d’émissions racoleuses et démagogiques, une certaine frange de personnalités publiques a trouvé dans la « dénonciation » de ces passions chez les jeunes, un bon moyen de se faire entendre. Pervers, nazis, sectaires…On a tout entendu, tout lu. Les témoignages à ce sujet dans le documentaire « Suck my geek ! » sont assez éloquents.
 
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C'est le pire article que j'ai jamais lu...

Et s’il n’est plus traqué, le « Geek » reste en France une « non-communauté culturelle », ignorée sauf en cas de sécheresse journalistique pour montrer des trentenaires déguisés en chevaliers du zodiaque, par une bonne partie des médias. En revanche économiquement, l’adoubement est fait depuis longtemps. Un exemple, pour quelqu’un comme moi qui n’a pu commencer à lire les mangas Dragon Ball que quasiment dix ans après les débuts télévisées de la série en France, voir aujourd’hui des étalages de mangas presque aussi imposants que ceux des rayons de BD franco-belge…Hé bien cela fait étrange à réaliser. 
 
http://www.uekte.fr/images/geekmagazine32bis.jpgDouble signe de reconnaissance; un magazine dédié au phénomène et Astier, symbole français du genre en couverture

D’autant que finalement, est-ce que quelque chose ne s’est pas légèrement perdu en cours de route ? Objet de moquerie et de rejet, le « Geek » est aujourd’hui sexy…surtout auprès des commerciaux à défaut du reste de la société française, pourtant de plus en plus de magazines se consacrent au sujet. Est-ce qu’avoir un blog au CSS plus élaboré que la moyenne et passer 5 heures par jour sur MSN, Facebook, Twitter, suffit « à en être un ?». Une tendinite chopée à Guitar Zero est-il un signe de reconnaissance ? Traiter de « noob » tout nouvel arrivant sur un chat ou un jeu en ligne fait-il de son auteur un initié ? De bouffer du drama anémique jusqu’à plus soif ?
 
Aujourd’hui bien des affiliés « geek » rejettent même cette étiquette, devenue trop réductrice. Il reste qu’aujourd’hui comme hier ce qui fait la différence est la passion, pas la mode. What else ?

La Route

Lundi 28 décembre 2009 à 18:39

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Curieux de voir comme toute chose peut avoir son contraire. Prenez  2012, blockbuster boursouflé au marketing poussif. A cette insulte au bon goût répond l'adaptation du dernier roman de Cormac Mc Carthy, LA ROUTE voyant un père et son fils cheminant à travers un monde ravagé et où l'espoir se fait encore plus rare que la nourriture...

Pour son premier film américain, Hillcoat évite la plupart des pièges de la lessiveuse hollywoodienne et rend dans les grandes lignes le dépouillement du roman original et son esprit à défaut de se coller au récit à la lettre près. LA ROUTE dans un format court (1h30) perd parfois de la portée spirituelle d'origine malgré quelques moments prenants dans leur intensité comme l'intervention d'Ely. Plus que dans les effets spéciaux c'est dans une humanité qui n'en a plus que le nom que se voit la fin probable du monde. Dans un casting rare où chacun adopte un visage du désespoir à l'exception du seul enfant, celui qui porte la flamme. Une flamme vacillante pour l'autre visage du film, celui de Viggo Mortensen qui justifie encore une fois à lui tout seul la vision du film.
 
Au milieu des films habituels de fin d 'année, LA ROUTE détonne par la crudité de son pessimisme. Si le film demeure moins fort que le roman, il n'en est pas moins un des plus prenants films d'apocalypse, réussissant à ne pas tomber dans la série Z italienne ou le gros budget à effets spéciaux.

AVATAR 3D

Jeudi 17 décembre 2009 à 12:38

Critique « à chaud » après visionnage du film en qualité numérique et 3D. ET en VO, Of Course…

Ces dernières années il y a deux choses qui auraient pu remplacer « Arlésienne » dans le dictionnaire ; « Chinese Democracy » et « Avatar ». Si le premier est sorti il y a quelques temps avec la crise de fous rires que l’on sait qu’en sera-t-il de son collègue ? Car, depuis TITANIC, James « I’m the king of the world » Cameron s’est puissamment fait désiré. Pensez donc, un retour du maitre à la science-fiction. Un retour dont les premières images et le format 3D ne sont annoncés que récemment. Puis une bande-annonce, qui a un effet douche écossaise redoutable avec ces images extraordinaires…et un scénario qu’on devine, fingers in the nose, être un dérivé lisse de DANSE AVEC LES LOUPS Versus POCAHONTAS.

Il y avait cet indice inquiétant ; lors d’une cérémonie il y a plusieurs années, Cameron exultait du succès de TITANIC bien qu’il s’agisse d’une histoire dont tout le monde connait la fin. Sourires des fans, de celui qui a renoncé à poursuivre les TERMINATOR après avoir vu GHOST IN THE SHELL qui avait chamboulé sa perception de la science-fiction, ça ne pouvait être une boutade.

Ben non.
 
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L’histoire est exactement celle qu’on devine ; Jake Sully, marine handicapé est choisi pour participer au programme Avatar sur Pandora, planète abritant un précieux minerai que la Compagnie veut à tout prix. Son esprit basculé dans le corps d’un Na ‘vi, les habitants de cette planète, il va s’infiltrer parmi eux, devenir l’un des leurs pour permettre aux humains de préparer leur OPA bien sûr agressive sur le gisement convoité… Tous les lieux communs sont là ; vilain militaire belliqueux, représentant de la Compagnie voulant le minerai mais sans se salir les mains, scientifique bornée, fille du chef que se tapera le héros, le rival indigène jaloux mais avec qui on finit par être pote… Sans compter les arcs scénaristiques tronquées au montage ou bien que les personnages sont parfois moins exploités qu’ils ne devraient. Vous l’avez compris, le film le plus cher de l’histoire n’a donné qu’un sandwich SNCF à son scénariste.
 
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Et pourtant… ça marche. Il faudrait être d’une mauvaise foi redoutable pour ne pas avouer que malgré des longueurs, l’immersion voulue par Cameron fonctionne. Grâce aux effets spéciaux qui franchissent un pas de géant dans le travail des textures et des lumières absolument bluffant et filmés comme des supports narratifs et jamais comme une plus value dont le prix resterait encore accroché quelque part. Grâce à la 3D, dont le réalisateur, ô divine surprise, n’abuse jamais comme on le ferait dans un parc d’attraction. Si les quelques détails des plans du début sont filmés avec la jubilation d’un sale gosse découvrant un nouveau jouet, ce n’est que pour mieux être fondu dans le décor. Là aussi, cet élément joue dans la découverte de l’univers. Comme dans TITANIC où le souci maniaque du réal’ était partout mais jamais ostentatoire, le spectateur glisse peu à peu comme le héros dans une autre dimension.
 
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L’autre bonne idée est que contrairement à Zemeckis qui ,avec BEOWULF, se servait des acteurs de synthèse pour s’affranchir de toute contrainte et accoucher de plans impossibles, Cameron reste « crédible » dans la composition de ses images et ne fait pas décrocher le spectateur par des choses qui lui rappellerait que trop l’artificialité du spectacle qu’il visionne. Car AVATAR est un film de cinéma, un vrai, le genre qui perd les trois-quarts de son potentiel spectaculaire et émotionnel sur petit écran. A l’heure des k3vin kikoo lol pensant se faire une idée du cinéma d’après des DIVX, il est bon de se rappeler la magie des salles obscures. AVATAR, est davantage une première pierre posée que la révolution annoncée. Il reste que les bases posées par le maestro sont déjà solides et pleines de promesses.

Comme tout objet de désir trop longtemps attendu, la déception est là mais le savoir-faire et l’implication de Cameron dans un projet qui par moments est la somme de sa filmographie, donne l’essentiel au spectateur ; l’abandon dans l’illusion.

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