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Les Borgia, la famille la plus sulfureuse de la Renaissance revient sur le devant de la scène depuis quelque temps. Outre une série télé par les créateurs des TUDORS, le patriarche, Rodrigo Borgia, futur Alexandre VI, devient l’ennemi du héros dans le jeu vidéo ASSASSIN’S CREED II. Niveau bande dessinée Jodorowsy y consacre une série ainsi qu’à celui qui fera tomber la dynastie, le cardinal Della Rovere Dumas en son temps avait déjà consacré son œuvre à cette famille dont les noms de la progéniture sont restés célèbres, ne serait-ce que César pour avoir « inspiré » à Machiavel son Prince.

Et comme le hasard fait bien les choses, à défaut de trouver un livre d’histoire sur les Borgia, je découvre que Mario Puzo, dont je venais de finir de revoir l’adaptation filmée du PARRAIN, leur a consacré son dernier roman, au dernier chapitre fini peu après sa mort. Passage éclair au Furet du Nord où le dit-ouvrage finit dans ma besace…pour être dévoré en une semaine.

Car, pour le créateur du PARRAIN, rompu au roman policier auquel il a consacré la quasi-totalité de ses écrits, la famille Borgia était en quelque sorte matricielle. Un prototype historique de la famille Corleone, un clan qui, à ce carrefour historique, politique et religieux que fut la Renaissance, vécut et fit vivre, une tragédie hors-norme que seul l’antique théâtre grec pouvait égaler. Trahisons, complots, assassinats, incestes, guerres de pouvoir et jeux de politique à double tranchant furent pain quotidien au Vatican. La fascination et parfois même l’inclinaison de l’auteur, pour Alexandre VI et ses enfants César, Juan, Geoffroy et Lucrèce, est suintante à chaque page. A travers un style bref sans être elliptique, et n’occultant pas la description des fastes de cette nouvelle Rome décadente, Puzo condense les neufs années mouvementées de ce pontificat. Les prêches enflammés du frère Savonarole, l’épisode du bûcher des vanités est curieusement absent d’ailleurs, envers Rome, la chute de la maison Médicis qui ne survécut pas à Laurent, les rivalités entre cités-états que matera César Borgia dans un grand projet d’unification d’une Italie morcelée sur laquelle lorgnent les souverains espagnols et français, la politique d’alliance faite et défaite via les mariages de ses enfants… Peu de choses ne sont pas présentes dans le récit de l’immense partie d’échec que mena ce souverain pontife montre comme homme de foi sincère et libertin débauché tout à la fois.

Car Puzo, comme dit plus haut, joue avec les images d’épinal, si César et Lucrèce sont présentés comme amants, jamais Alexandre VI ne touche sa fille ainsi que d’autres actes inavouables, contrairement à ce qui fut rapporté notamment dans le journal de Jean Burchard, évoqué moqueusement par le pape et son fils. Geoffroy y est içi, celui qui aurait conduit la fameuse orgie d’octobre 1501, et non César et sa sœur. A l’incarnation d’un débauché ayant pactisé avec le diable, sans en faire un saint non plus, l’auteur y préfère l’image d’un père obsédé jusqu’à son lit de mort par la survie et le bonheur, qu’il a parfois lui-même sacrifié à ce titre, de sa lignée. Fruit de son époque et de ses nombreuses contradictions, Borgia-Alexandre VI y est moins l’incarnation de la débauche suprême du Saint Siège que celui d’un homme d’ambition dont le prix de l’audace et de la réussite seront bien chers à payer…

Roman testamentaire de son auteur, Le Sang Des Borgia est une grande tragédie, incroyable si elle avait été pure fiction, d’autant plus cruelle et choquante qu’elle fut réelle.