De mon côté j’ai passé une bonne partie de la nuit à élaborer laborieusement une playlist (
la voici pour les curieux) qui prendrait la plupart des aspects que ce genre de péripétie partagée par tous occasionnent. A l’exception de certains ermites, et encore. Puis question fatale, y aurait-il vraiment UN album, UNE chanson qui serait toujours approprié ? En choisissant le « No Other One » de
WEEZER pour la playlist citée plus haut que je me suis aperçu que l’album
Pinkerton du groupe resterait un éternel bon choix.
Accouché dans la douleur suite au fabuleux premier album, le « bleu », qui avait fait de WEEZER une future valeur sûre du rock US conjuguant format radio et écriture de qualité, Pinkerton est pour son auteur principal le chanteur/guitariste Rivers Cuomo un plantage dont il lui est encore difficile de parler, à l’image d’une relation ayant sombré. Censé être au départ une variation Pop-Rock de l’opéra Madame Butterfly intitulé Songs From The Black Hole, Pinkerton ne garde de l’opéra de Puccini que quelques références parsemés à travers le disque (Pinkerton est le nom d’un des principaux protagonistes) et c’est une véritable complainte de binoclard qui demeure. Cuomo, est alors à Harvard plongé dans ses études à attendre une femme parfaite qui ne viendra jamais si ce n’est dans ses fantasmes post-adolescents, voulant oublier la déception de la vie de « rock star » qui lui a valu le succès fulgurant de son premier album. Point d’orgue de cette loi de Murphy Nerdesque, il est également sous tranquillisants suite à une lourde opération, peu idéal pour les sessions de travail commençant au printemps 1995… l’enregistrement ne se bouclant qu’un an plus tard.

Le disque est plus sombre mais aussi immédiatement sincère jusqu’à en être impudique, après tout qui du personnage Pinkerton/Butterfly ou de Cuomo parle vraiment de l’amour perdu et de frustration sexuelle ? Sans doute le deuxième couplet de « Getchoo » résume t-il au mieux l’album You know this is breaking me up / You think that I'm some kind of freak, uh-huh / But if you'd come back to me / Then you would surely see / That I'm just fooling around. Sans jamais renier le format pop rock, « Why Bother ? » ou « The Good Life » sont tout ce qu’il y a de plus radiophoniques , l’histoire d’amour qui finit mal sans même commencer prend un tour plus douloureux, plus vrai. Pinkerton ressemble à cet acte désespéré de l’intello à grosses lunettes qui chante sur une guitare mal accordée son amour à la bombe de la classe. C’est courageux mais on rassoie aussitôt rouge de honte en attendant les retombées. A l’image du groupe qui n’en joue pas de larges extraits lors des concerts, et de Cuomo qui accentuera davantage à l’avenir la distanciation avec les personnages de ses chansons. Pinkerton d’abord rejeté à sa sortie, sera le début de cinq ans de hiatus pour WEEZER jusqu’à ce que sorte l’album suivant, le « vert » porté par l’imparable single « Island in the sun ».
Quatorze ans plus tard, Pinkerton est l’album le plus estimé de WEEZER, le moins porteur de l’image vendeuse du Geek cool, mais davantage de celle plus humaine, du Nerd timide qui reste seul avec ses doutes.
Mais laissons le mot de la fin à Rivers : Screw this crap, I've had it! I ain't no Mr. Cool / I'm a pig, I'm a dog, so 'scuse me if I drool / I ain't gonna hurt nobody, ain't gonna 'cause a scene / I just need to admit that I want sugar in my tea / Hear me? Hear me? I want sugar in my tea!
Ecoute sur Deezer.