
1992, la nouvelle décennie s’annonce sous le sceau de la Guerre du golfe et de CNN, le réveil de la longue cuite que furent les années 80 promet une superbe gueule de bois pour achever le millénaire. Et l’anglais Roger Waters, architecte entre autre de THE WALL, d’en faire un récit inspiré également par l’ouvrage Amused Ourselves To Death, dénonciation des mass medias par Neil Postman.
Car le singe fixant le cyclope cathodique sur la pochette de l’album n’est déjà plus une image du futur à la 1984, c’est même un instantané d’une réalité déjà bien ancrée que développe la bonne heure que dure le disque. Une réalité où les gospels débordent de cynisme (« What God Wants, part I, II et III »), où les hymnes à l’argent rappellent ce qui fait tourner le monde (« Perfect Sense part I et II »), et où l’espoir passe par une mort diffusée à une heure de grande écoute (« Watching TV »). On retrouve les gimmicks aperçus dans les efforts de Waters dans PINK FLOYD, bruitages accompagnant la narration de la chanson, chœurs imposants couplés à des parties de claviers façon Grandes Orgues, intervention de narrateurs… L’intro de « The Bravery of Being out of Range » ne sera pas d’ailleurs sans titiller les oreilles amoureuses du dernier double album du Floyd cité plus haut. Une structure musical façonnée également par des invités de choix, Rita Coolidge, Steve Lukather… et Jeff Beck signant une bonne partie des solos et dont la touche blues est pour beaucoup dans une ambiance transpirant l’humour noir et la mélancolie comme dernières armes contre la folie.
Une folie qui est peut-être elle aussi bien présente comme le doublé final « It’s a miracle/Amused to Death » le laisserait entendre… « No tears to cry/No feelings left/This species has amused itself to death/Amused itself to Death ». Quelques années plus tard, un jeune musicien du nom de Steven Wilson qui avait alors sorti à peu d’exemplaires le premier album, On The Sunday Of Life de son groupe PORCUPINE TREE, s’en souviendrait pour y puiser l’inspiration du définitif et sublime Fear Of A Blank Planet. La preuve que certaines fins du monde sont éternelles.
Ecoute intégrale de l'album sur Deezer.




